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lundi 24 octobre 2011

Des circuits d'escalade : un travail de bénévole à respecter !


Le premier circuit d’escalade balisé à Fontainebleau est né en 1947 sous l’impulsion d’alpinistes convaincus de pouvoir s’entraîner sur les blocs de la forêt. Ces bleausards  préparaient alors leurs escapades alpines en cumulant les dénivelés sur nos petits cailloux et c'est dans cette logique que, sur les rochers du Rempart du Cuvier, le premier circuit d’escalade est tracé. Le parcours dument matérialisé en rouge permet à tous de se comparer et de s'entrainer aux courses de montagne. Il sera rapidement complété d'une deuxième boucle de couleur jaune.

Son principal auteur, Fred Bernick, présentait les circuits ainsi : "Par la nature de sa constitution géologique, entraînant une difficulté technique sans égale en France et sans doute au monde, Fontainebleau constitue la plus poussée et la plus pure des écoles d'escalade (...) Un reproche sérieux, c'est le défaut total de voie d'une longueur suffisante pour offrir une variété et une continuité d'effort comparable à celle d'une ascension en haute montagne, ce qui manque, c'est la liaison entre les passages, cet enchaînement d'écarts, poussées, de sauts, qui oblige l'alpiniste à un travail musculaire soutenu (...) C'est avec l'intention d'en faire moins un jeu qu'un parcours d'entraînement à la haute montagne que les circuits du Rempart on été réalisés. Innovation d'un intérêt apparemment peu contestable permettant au surplus la marche encordée..."

Chose remarquable, cette initiative n’a engendré à l’époque aucune polémique et, il faut bien le reconnaitre, a été suivi de nombreuses autres dès les années 50. Si Fred a été le premier à matérialiser un enchaînement complet, cette pratique existait déjà auparavant. En effet, on trouvait au pied de certaines voies des carrés, triangles ou ronds peints grossièrement pour repérer les principaux passages. Dans le même temps, certains grimpeurs avaient pour habitude d’enchaîner un circuit virtuel (c'est-à-dire non balisé mais bien défini) dont le plus connu, la traversée du cuvier, servait de test.

Le succès des circuits d’escalade ne s’est jamais démenti mais a parfois soulevé de vives critiques… Ainsi, dans son livre sur Fontainebleau, Sylvain Jouty en  faisait une des causes de l'éclatement de la communauté Bleausarde de l'époque. Je ne le pense pas ! Tout au plus cette matérialisation des parcours a t'elle permit de s'initier sans l'aide des « maîtres ». Il convient aussi de rappeler que Sylvain a écrit son livre aux débuts des années 1980 dans une période de remise en cause de la nécessité de tracer les circuits comme nous le verrons plus loin.

Non, la véritable cause de la disparition de l'esprit "bleausard" est plutôt à rechercher dans la popularisation progressive de l'automobile, chaque petit groupe étant libre d'aller où bon lui semble. Un constat également fait par Tony Vincent dans le 31ème numéro de Paris Chamonix (1953) :"Les bleausards d'aujourd'hui, plus modernes eux, délaissent de plus en plus le train, car il faut, non pas marcher avec son temps, mais courir. Ils préfèrent, suivant leur goût ou leur possibilité : le stop, le car, la moto, le scooter et évidemment, surtout l'automobile. Tandis qu'une heure de trajet en train créait des sympathies durables entre les petits groupes bleausards, la venue à Bleau en auto, par petits paquets bien séparés, cloisonnent les sympathies et la camaraderie."

Aujourd’hui, les salles d’escalade privées et la généralisation des topos en ligne ont achevé cette communauté, Bleau n’étant plus  qu’un terrain de chasse pour bloqueurs individualistes en mal de croix et de reconnaissance !

Sur-balisage ?
Bref, si Bleau est, aujourd’hui encore, le site qui abrite le plus de circuits d’escalade au monde (plus de 200 avec les sites périphériques), ce patrimoine se dégrade progressivement. Faut-il poursuivre son entretien ? Avec quels moyens et dans quelle optique ? Je n'y répondrai pas ici mais je vous laisse apprécier le travail accompli jusqu'ici.

Pour de nombreux grimpeurs modernes, ces petites flèches de couleur ne sont plus qu’un repère topographique leur permettant d’estimer la difficulté d’un passage dont bien souvent ils ignorent le nom et l’histoire. Du coup, les bénévoles qui retracent ces circuits quand ils modifient la couleur ou l’emplacement de la flèche sont victimes de critiques assez injustes alors qu’ils ne cherchent qu’à satisfaire le plus grand nombre d’utilisateur !  C’est bien dommage et très décourageant !

Heureusement, la poignée de bénévoles qui sacrifie quelques séances de grimpe pour vous fournir des tracés de qualité reste motivée face à l’adversité. Merci donc à nos amis des Rochers de Beauvais (Grands Avaux), aux quelques clubs de la FSGT, du CAF, du GUMS… Il y a aussi une poignée de clubs FFME (ES Sartrouville par exemple) et des indépendants comme l’ami Pépito ou Bernard Théret. Sans eux, de nombreux circuits auraient disparus ou n’auraient pas vu le jour…

Outre ses vertus pédagogiques indéniables, le circuit d’escalade permet une découverte d’un massif, tel un fil d’Ariane tout en préservant les sols de l’érosion. Car oui, au départ, les circuits ont souvent été conçus dans cette perspective d’enchaînement, de pédagogie et de découverte et de préservation du site. Leur but n’est pas de valoriser l’enchaînement des croix en alternant les couleurs…

Si certains reposent sur une thématique précise (ex : circuit « fissures » d’Apremont), la plupart offre une très grande variété de passages d’une même difficulté (ou presque). Dalles, traversées, surplombs, rétas, toits alternent parfois avec des sauts ou des descentes ! Dans les sites les plus visités, ils sont presque devenus inutiles tant il y a de grimpeurs pour vous en indiquer le parcours mais dans tant d’autres…


Le cas du Bas cuvier est intéressant. Cela fait deux ans que je veux retracer les historiques bleu et rouge pour le plus grand bonheur des visiteurs non bleausards mais est-ce utile et nécessaire ? Vu le tracé sauvage réalisé cet été, je pense que j’aurai du… au vu de ces deux photos !

Pourquoi, simplement par ce que je possède un peu d’expérience en la matière. Je ne fais certes pas d’aussi belles flèches que certains de mes collègues bénévoles, mais tous nous essayons de préserver ce patrimoine en nous imposant des règles assez simple concernant la dimensions des balises !


En effet, on trouve à Bleau les restes de très vieilles flèches dont certaines mesuraient plus de 20 cm de long pour 5 de large et encore, ils faut ensuite ajouter les numéros ! Depuis plus de 30, les bénévoles du Cosiroc œuvrent à la diminution des surfaces balisées sur les rochers. C’est un travail long, dur et fastidieux qui doit être respecté. C’est d’autant plus difficile que nous prenons le parti d’effacer l’ancienne balise et non de les camoufler sous une peinture plus ou moins grises comme peuvent le faire certains traceurs de circuits de randonnée !

Cuvier encore mais flèche d'origine sur le noir du Rempart !

Donc un patrimoine, cela s’entretien, cela se préserve… mais c’est toujours les mêmes qui s’y collent ! Pas ceux qui vous vendent des topos à prix d’or sans même avoir été vérifiés sur le terrain que le bloc existe ! Pas ces étrangers qui trouvent le moyen de publier des topos sur nos blocs et nos circuits sans participer à leurs entretiens (ni physiquement, ni financièrement, ni même moralement !) tous en les critiquant… Non, c’est une petite poignée de bénévoles œuvrant pour la collectivité dont seul quelques uns sont connus et reconnus !

Ainsi, mi septembre, 8 membres des clubs FSGT parisiens Roc 14, Grimpe 13 et Vertical 12 (Paris) ont pu repeindre le circuit orange du Rocher de Milly.  Huit bénévoles avec 3 pinceaux, 4 brosses métalliques et 1 coordonnateur armé du topo et des recommandations du Cosiroc ont mis 2 heures pour repeindre les deux tiers du circuit faciliter énormément par la localisation des blocs. Compte rendu et photos à venir sur http://www.roc14.org/ Une petite équipe du GUMS a entretenu le célèbre circuit saumon à Apremont… vous avez pu voir cela dans notre nouvelle rubrique consacrée au balisage.

Bref, un grand merci à tout ces bénévoles d’hier, d’aujourd’hui et de demain pour le formidable travail accompli. Rejoignez le mouvement. A tout moment, seul ou en club, n’hésitez par à contacter le Cosiroc sur son site internet http://www.cosiroc.org/ .

D’ailleurs, c’est aussi là que vous trouverez les topos mis à jour de ces enchaînements !

Car oui, outre quelques nouveaux circuits tracés en dehors de la domaniale de Fontainebleau, les circuits vivent et changent pour vous offrir de nouveaux blocs, de nouvelles manières de les enchaîner ou pour éviter une zone fortement érodée, une prises instables…

Allez, je profite de l’occasion de ce billet pour vous faire un historique des circuits et du Cosiroc…

Le Cosiroc : Comité de défense des sites et rochers d’escalade

Au début des années 1960, la création de l’A6 pour palier à l'engorgement des nationales va soulever une belle vague protestations autour de son tracé. Elle coupera en deux le massif forestier des Trois Pignons et passera à quelques mètres des Drei Zinnen qui comptent parmi les plus hauts et les plus beaux blocs du coin. Pire, elle entraînera la destruction de nombreuses grottes qui abritaient de superbes gravures rupestres. En 1962, conscient que d’autres menaces pèsent sur les Trois Pignons, quelques associations se regroupe pour former un comité de coordination des actions de lutte contre la privatisation du sites. Le TCF (Touring Club de France), le CAF, la FSGT, le GUMS et les AFF (Amis de la forêt de Fontainebleau) officialise la naissance du COSIROC en 1967. 

Le jeune COSIROC commence à harmoniser le balisage des circuits dans les Trois Pignons dès le milieu des années 70. Il faut dire que dans les 3 Pis comme dans le reste de la forêt, chacun y a été de ses flèches et de sa couleur. A titre d'exemple, le bloc du Diplodocus est couvert de plus d'une vingtaine de symboles dont certains dépassent les 20 cm de longs et 5 de large ! Un travail considérable qu'il faudra de longues années pour faire admettre et reconnaitre. Ainsi, en 1979, la chronique de Paris Cham' écrit notamment  : " Au Diplodocus, un nouveau circuit, AD?, de couleur rose et de tracé grossier vient d'être créé par la MJC d'Argenteuil . Petite récapitulation : une quarantaine de blocs (...), 5 circuits, 120 passages numérotés dont 12 sur le diplodocus proprement dit (pauvre animal). Sans commentaire !"

La codification proposée est assez proche de celle des pistes de ski : du jaune pour le peu difficile, du vert (très vite remplacé par le orange, plus visible sur le lichen) pour le assez difficile, puis du bleu et du rouge. Seules quelques exceptions pour des raisons "historiques" seront conservées dans leur couleur originale... La taille et la forme des symboles sont elles aussi "normalisées". Dès 1982, le Cosiroc édite une brochure à destination des baliseurs de circuit.

Une surface de peinture que le COSIROC fera tout pour réduire pour rendre le balisage plus discret à l’œil non averti !  Les bénévoles associatifs vont alors entreprendre un énorme travail de refonte des circuits existants pour tracer des ensembles plus homogènes et discrets... La tâche est rude car les peintures de l'époque sont bien plus tenaces que de nos jours et certains grimpeurs, peintres de profession, possèdent une recette secrète... A l'époque, on décape à la brosse métallique et au chalumeau pour renforcer le pouvoir de l'huile de coude. Qui a eut un jour à effacer un circuit tracé par Puk (Pierre Nedelec) et sa bande, sait combien ces peintures  sont difficiles à retirer. Il m'est arrivé de passer plus d'une demi-heure par symbole soit plus d'une centaine d'heures pour un circuit ! Cette initiative permet aussi aux grimpeurs de s'éviter les foudres du nouveau gestionnaire, l’ONF, peu enclin à conserver les arcs en ciel maculant certains rochers !

Pour ce faire une idée précise du nombre de circuits dans le massif gréseux francilien, le plus simple est de partir de la liste des circuits élaborée par le Cosiroc pour sa réunion publique du 13 avril 1976. Ensuite, au travers de différents numéros de Paris Chamonix, on peut suivre les évolutions. La liste des circuits a en effet été publiée en novembre 1976 (n°19) puis en novembre 1979 (n°34), en mai 1981 (n°42), et en novembre 1983 (n°55). On complétera avec le topo guide du Cosiroc publié en novembre 1982 chez Arthaud et une liste mise à jour en juin 1984 par Oleg Sokolsky en vue d'une nouvelle réunion publique d'information.
En juin 1984, le parc de circuits entretenus dans la forêt se composait de 192 circuits balisés dont 57 dans les Trois Pi, 73 en domaniale, 13 dans le sud autour Larchant, 14 dans le reste des massifs du sud situés hors de la Domaniale et 35 dans le nord et l'ouest de la forêt soit 143 enchaînements sur les domaines de l'Etat et 49 en forêt non gérée par l'office. Sur ce parc, 131 sont balisés conformément aux recommandations du Cosiroc éditées en 1982 et 3 sont restés tracés dans une couleur historique.

Question difficulté, la répartition est la suivante : 12 enchaînements sont tracés pour les enfants dont 7 se trouvent en Domaniale et il existe 5 circuits faciles. Trente sept circuits sont classés peu difficiles, 54 assez difficiles, 42 sont difficiles, 29 sont Très difficiles et 13 sont Extrêmes difficiles. On notera que la répartition est la même à peu de chose près quelque soit la partie de Bleau que l'on observe, aucun site n'ayant été privilégié pour un cran de difficulté.

Donc, pour résumer, en 1947, on a 2 circuits, en 1955 on en compte 15 et dix ans plus tard ce chiffre tourne autour de soixante. En 1970, on atteint la centaine pour arriver à 168 circuits en 1976. Si l'on regarde plus globalement l'évolution du parc de circuits depuis 1976, on notera que la progression s'est faite tant en domaniale que dans les autres forêts sur un rythme plus lent. Ainsi, on est passé de 131 enchaînements en domaniale en 1976 à 143 en novembre 1979 puis 140 en 1982 pour revenir à 143 en juin 1984.

Dans les sites périphériques, de 37 circuits en 1976, on est passé à 41 en 1979 puis 42 en 1981, 44 en 1983 et 49 en juin 1984. Au total, entre 1976 et 1984, c'est donc 24 circuits qui ont été balisés ou modifiés. Ce qui a posé des problèmes de consciences à certains grimpeurs, c'est que cette évolution s'est faite sur trois crans de difficulté car depuis 76, il y a eut douze créations de pistes pour Enfants (dont huit en 1983 !), onze dans le niveau Difficile et sept dans le niveau ED soit un peu plus du double qu'en 1976...

Pour ma part,  c'est à l'été 1994 que je réaliserai une enquête auprès des bleausards qui complètera les statistiques précédentes. Je récolte un peu plus de 400 questionnaires (sur les 1500 distribués) afin de connaître les attentes des grimpeurs en matière de circuits !

Ce sont majoritairement les grimpeurs investis dans la pratique qui y ont répondu puisque 31 % avaient entre 10 et 20 ans de pratique et 26 % plus de 20 ans d'escalade. Quant à leur âge, 44 % d'entre eux avaient entre 26 et 35 ans. Leur niveau technique était donc très élevé avec 17 % passant de l’ED, 28 % du TD et 23 % du D ! Enfin, les deux tiers grimpaient en groupe...

Ce portrait établi, on apprenait que plus de la moitié utilisaient les circuits en marchant entre les voies et plus du tiers des grimpeurs parcouraient les voies de plusieurs circuits à la fois. Toujours sur les circuits, la longueur préférée tournait autour de 35 numéros pour les deux tiers des réponses. Pour la difficulté, 71 % des grimpeurs interrogés souhaitaient que chaque site propose un éventail complet des difficultés avec toutefois une majorité de demandes dans le niveau Difficile (41 %), Assez Difficile (34 %) et Très Difficile (27%). Un quart seulement de l'échantillon ne souhaitaient pas que soit tracé de nouveaux parcours. Par contre, les trois quarts souhaitaient que tous les circuits soient entretenus.

Plus étonnant, 46 % des grimpeurs interrogés se sont déclarés utilisateurs des circuits pour enfants, notamment en famille mais seul 22 % trouvaient leur nombre trop faible.  Cette étude, nous a permis d'élaborer de nouvelles recommandations aux traceurs et de définir un nouveau mode de balisage, toujours plus discret, réalisé à partir de triangle isocèle. Celui ci, testé pour la première fois sur le rouge et le blanc à Chamarande en 1993, a été utilisé ensuite pour les circuits de Franchard Isatis et au Rocher Guichot et constitue aujourd'hui la base du balisage discret par excellence. Notons ici que par rapport aux années 65 à 75, la végétation s'est accrue dans bien des sites d'escalade rendant plus délicat les enchaînements à l'ancienne.

Les balisages remis en question dès les années 70

Paradoxalement, les premières remises en cause de l’utilité du balisage des circuits arrivent non pas à cause de leur nombre croissant  mais du fait du développement des circuits « faciles » ! Car c’est sans doute une des étapes les plus marquantes du développement des circuits…

L’histoire des circuits faciles et donc volontairement créés dans un but pédagogique débute avec, en 1960,  le balisage des 6 km de la boucle du parcours montagne de Franchard nommée "cerise du débutant". Cette grande boucle constitue le premier niveau de l'escalade à Bleau à cette époque. C'est presque de la marche sur cailloux ! Délaissé de nos jours, il a été repeint ces dernières années pour en facilité le suivi... Suivent diverses créations, parfois pas très heureuses notamment au Rocher Canon ou près de la Merveille dont les blocs portent parfois encore les stigmates.

Est-ce une conséquence des statistiques publiées par le Cosiroc en 1976, je ne sais pas, mais en juin 77, le Cosiroc et les AFF échangent des courriers sur la prolifération des circuits. Ainsi, le 4 aout le Président du Cosiroc adresse un courrier à son homologue des AFF à propos du compte rendu de leur Assemblée Générale, largement diffusé auprès de la presse locale, et qui explique que le Cosiroc n'arrive pas à contrôler le balisage des circuits… Des propos assez étonnants quant on sait que les AFF sont alors membres et acteurs du dit Cosiroc ! Il semble qu'à cette époque, l'amalgame ait été fait avec le balisage du circuit de randonnée sportive dit des 25 bosses (Trois Pignons) qui n’a rien d'un circuit d'escalade ! Ce dernier est toutefois né sous les pinceaux d’une bande de grimpeurs... 

La guerre des circuits ou « Accroche toi au pinceau, j’enlève les flèches ! »

Les années 80 ont été marquées par plusieurs conflits entre pros et anti-circuits. Le premier nait sous l'impulsion d’une poignée de très forts grimpeurs qui reprochent aux circuits (notamment les plus difficiles) de retirer aux grimpeurs tout libre arbitre. Ils entreprirent donc d'effacer purement et simplement une cinquantaine de circuits notamment au Bas Cuvier, à Apremont et à Isatis. Le week end suivant, quelques baliseurs bénévoles les retraçaient à la vas vite, histoire d'occuper le terrain et de montrer qu'ils ne cèderaient pas facilement. Un petit jeu qui va durer quelques temps et faire couler plus d’encre que de peinture ! En effet, la discussion entamée entre le COSIROC et les protagonistes va rapidement trouver écho dans la presse régionale et spécialisée. Ainsi, en février 1982, Alpinisme et Randonnée publie un courrier des effaceurs qui expliquent ainsi leur démarche : « Dieu soit loué, et grand merci au COSIROC, l’anarchie a été évitée : chaque rocher est maintenant mis en carte, étiqueté, classé, coté, bref normalisé. Quant à la prolifération, mieux vaut n’en pas parler : le massif est devenu une sorte d’alpinodrôme multipistes et multicolore. Et quel champ reste – t-il à l’esprit d’initiative du grimpeur lorsque l’on constate qu’il était presque impossible de dénicher, dans les secteurs les plus intéressants, plus d’une dizaine de voies dignes de ce nom qui ne soient pas fléchées, et même cotées depuis l’avènement du code des couleurs. (…) Il était temps de porter un coup d’arrêt à ce que nous considérons comme une atteinte à la beauté des sites ainsi qu’à la liberté individuelle. (…) Ces balisages sont la négation de cet esprit d’aventure, de découverte et d’initiative qui est l’essence même de l’escalade et de son prolongement, l’alpinisme. (…) »
L'information est reprise par La république de Seine et Marne dès le 8 février. Le 20 mars, le Cosiroc reçoit officiellement les dé-baliseurs sans qu'aucune solution ne soit trouvée. La polémique entre les deux groupes enfle avec les beaux jours et le 8 avril 82, le journal Le Monde, la porte à la connaissance du grand publique. Michel Schulman, journaliste, titre "les débaliseurs de Fontainebleau" et donne notamment la parole à Gérard Tendron, alors chef du centre ONF de Fontainebleau. "L'ONF considère que les circuits d'escalade font partie de l'équipement qui accueille le public , le Cosiroc est notre seul interlocuteur dans le domaine du balisage et de l'entretien des circuits." Il conclue, "nous ne souhaitons pas nous immiscer dans ce problème technique, qui est du ressort du Cosiroc, mais il ne faut pas oublier que la forêt de Fontainebleau est une forêt domaniale, et toute atteinte à son intégrité peut être verbalisée. Il existe depuis plusieurs années une politique de concertation à laquelle nous sommes favorables et s'il est souhaitable que ces grimpeurs [n.d.a les débaliseurs] se fassent entendre, il est nécessaire que cela se fasse par le biais de cette concertation." Le 12 avril, l'office complète son propos dans la République de Seine et Marne en affirmant "qu'ayant autorisé le balisage sous contrôle, il ne peut accepter des abus dans un sens ou dans l'autre (...) pas de balisage sauvage, mais aussi pas d'effaçage sauvage." Au passage, l'office met donc en avant une certaine prolifération de circuits non officiels "qui ont fleuri un peu partout, n'importe qui, prenant un pot de peinture et se mettant à tracer de nouveaux circuits." Un peu d'exagération ne nuisant pas au message, on pardonnera facilement au directeur du centre cette affirmation fondée sur la rumeur. Le 26 avril, toujours dans La République, sous la plume de Pierre Doignon, un nouvel article nous informe de l'ampleur du problème au sein du milieu associatif.

En effet, la question du balisage des circuits d'escalade fait l'objet d'âpres discussions au sein du Conseil d'administration des AFF (le 17 avril) alors membre du COSIROC. Ce dernier met donc la question à l'ordre du jour de son AG et de son Conseil d'Administration Extraordinaire du 20 avril. En effet, les relations sont un peu plus difficiles entre le Cosiroc, les AFF et l'ONF depuis que les débaliseurs, de clandestins qu'ils étaient, sont devenus les représentants légaux d'une association des grimpeurs indépendants pour la libre escalade (AGILE) créée pour la circonstance. Après avoir été verbalisés pour "destruction d'aménagements reconnus par l'administration forestière", on pouvait supposer que les effaceurs allaient stopper leur action. Mais ils ont persisté, effaçant une fois encore les circuits blancs du Cuvier, d'Isatis et le rouge du Canon. Surtout, ils ont affirmé haut et fort, leur désir de poursuivre leur combat.

Le directeur du centre ONF de Fontainebleau se trouve donc pris à parti par deux associations de grimpeurs, l'une souhaitant poursuivre son travail de balisage et d'entretien en collaboration avec l'office, l'autre désirant, l'effaçage d'une cinquantaine de circuits pour "laisser plus de place aux exercices libres" et à l'initiative des grimpeurs. Pierre Doignon écrit : " L'ONF propose, pour débloquer la situation, d'admettre d'une part, la suppression d'itinéraires peu utilisés (...) et d'autre part, de permettre la création de deux ou trois circuits nouveaux, modestes pour enfants, que l'on balisera". En attendant, le 10 mai, Antoine Melchior, alors président du COSIROC, prend la parole dans La République, en précisant un certain nombre de points notamment sur la représentativité de l'association, ses missions et ses résultats depuis 1967 ! Concernant le conflit, on peut lire "on ne peut pas considérer qu'il existe pour autant une querelle entre rochassiers, compte tenu du peu d'écho que rencontre les thèses de l'AGILE dans le public des grimpeurs comme en témoigne l'abondant courrier reçu par le Cosiroc et la presse spécialisée, condamnant unanimement l'action de l'AGILE (...) Il est par ailleurs confirmé que des discussions sont actuellement en cours entre le Cosiroc et l'ONF pour la création de quelques circuits faciles destinés aux enfants, sans que ce fait puisse être rapproché de l'action de l'AGILE."

Le 7 octobre, l'ONF rencontrait le Cosiroc et, après une longue discussion autours des préoccupations de chacun en terme de circuits, un accord est trouvé qui consacre le rôle du Cosiroc, renforce le processus de concertation et situe les méthodes à appliquer en cas de menaces évidentes d'érosion. L'affaire se réglera progressivement.

Rebalisage "ratté" sur le bleu du Télégraphe
La volonté affiché du COSIROC, notamment sous l’impulsion de la FSGT, de tracer de circuits faciles et pour enfants a  déclenché une nouvelle polémique. En effet, si à l'origine les circuits ne sont que la matérialisation de parcours d'entraînement et de test pour l'alpinisme, ils vont progressivement prendre un rôle plus pédagogique et permettre la découverte de l'escalade à bon nombre de grimpeurs sans qu'il leur soit nécessaire d'être accompagnés par un "guide".  La FSGT et ses nombreux clubs prônent haut et fort cette ouverture vers un sport plus populaire et en autonomie. Les circuits faciles (jaunes) et enfants (blancs) vont dans ce sens. La révolution éclate en 1974 quand est tracé, à l’Eléphant, un premier circuit d’escalade pour les enfants ! « Comment ! Une bande de gosses hurlant va être lâché dans la forêt ! vous vous rendez compte des risques que vous faites courir à ces têtes blonds… » Il faudra quelques années à la FSGT pour démontrer l’utilité des circuits faciles et pour enfants… le tout accompagné par de nombreuses polémiques.

C'est donc en 1984 que ce « nouveau » conflit va véritablement éclater au grand jour. Il s'agit de savoir si les enfants ont le droit d'avoir des circuits pédagogiques adaptés à leur morphologie, la plupart des jaunes étant trop durs pour eux. Un avis favorable avait été donné par le COSIROC et l'ONF.  Au sein même du COSIROC les associations sont partagées et les Amis de la Forêt de Fontainebleau, fermement opposés à cette invasion quitteront définitivement le COSIROC qu'ils avaient contribué à fonder. On en retrouve des traces dans les PV et comptes rendus des deux associations. J’avais initialement prévu de vous livrer le fruit de mes longues recherches sur le sujets mais comme les protagonistes sont encore bien présents et actifs, je ne vais pas souffler sur les braises. Je garde le dossier sous le coude au cas où…


Sur balisage ?
Je citerai donc juste un extrait du courrier du Président du Cosiroc aux AFF suite aux interventions de leur représentant lors du Conseil d'Administration du COSIROC du 4 décembre 1985. En effet, celui-ci intervint notamment pour critiquer le "changement de politique" en matière de circuits depuis 1976. Le Cosiroc remarque qu'il y eut "parfois de vives discussions (...) comme cela a été le cas, notamment pour les circuits pour enfants envers lesquels le représentant des AFF (nom caché) a pendant longtemps et depuis le début, professé ce qui semble être une aversion marquée."
"A ce sujet cependant, les choses paraissaient pourtant claires, et ceci depuis la réunion qui eut lieu le 18 janvier 1982, sous la présidence de Monsieur Gérard Tendron, alors chef de Centre ONF de Fontainebleau, réunion regroupant l'ONF, le COSIROC, et la FSGT (suite au courrier ONF n°3580 du 29/10/1981).
Au cours de cette rencontre, dont le thème était "les circuits d'escalade en forêt domaniale", j'avais émis l'opinion de dix à douze circuits pour enfants dans la forêt de Fontainebleau et des Trois Pignons qui me semblait un chiffre convenable. Aucune contradiction ni observation n'étant venue infirmer cette hypothèse, ce chiffre avait été tenu pour bon et jamais personne, depuis cette date, n'a signifié officiellement au COSIROC son désaccord à ce sujet."

Les amis de la forêt quitteront le Cosiroc qu’ils avaient fondé en 1987 mais ont depuis renoué des relations étroites.

Bref, il semble que l'idée même de popularisation de l'escalade, y compris pour les enfants, ait été mal comprise et assimilée, tant par l'ONF que par certaines associations bellifontaines. Heureusement, Bleau n’est pas à 100 % en forêt domaniale ! Du coup, bon nombre de ces circuits ont vu le jour en Essonne à Chamarande, Beauvais, la Padôle, ou Etrechy... Aujourd'hui encore, pour ce type de parcours, les autorisations de baliser en forêt domaniale sont très difficiles à obtenir et de toutes façons les sites pouvant  accueillir les groupes d'enfants  dans de bonnes conditions ne sont pas légion... A noter, l'ouverture de circuits de couleur saumon ou caramel, tracés en parallèle des blancs enfants pour les très grands débutants tels que certains parents contraints de prendre exemple sur leurs bambins en les accompagnant !

Si depuis les années 80 le nombre de circuits balisés à Bleau est assez stable, soit quelques 250 pistes, les relations privilégiées du Cosiroc avec l'ONF ont permis de stopper la plupart des conflits liés au balisage. Il y a eut celui sur la Gorge aux Châts mais aussi, dans les années 90 celui sur le site du Rocher de la Ségognole (Trois Pignons) ou du Mont Ussy. Le milieu des années 90 sera aussi l'occasion pour un groupe de forts bleausards de remettre en cause, à nouveau, le balisage des circuits de haut niveau. 

Ces polémiques auront permis de limiter la création de nouveaux circuits dans le niveau ED et les balisages « signatures » que certains grimpeurs utilisaient effectivement pour éviter que les voies retournent sous les lichens  pendant une décennie...

Par pitié, si vous êtes arrivé jusqu’ici, merci de nous aider à l’entretien des circuits en contactant le Cosiroc, de ne pas ajouter de nouveaux symboles (je dis cela pour ceux qui croient que le rouge du Rocher Canon doit doubler de volume en y incluant toutes les voies ouvertes dans le 5 et 6)… Idem pour toutes ces petites signatures plus ou moins symboliques faites au marqueur et dont les auteurs sont bien connus. Enfin et surtout, les bénévoles sous la coordination du Cosiroc ont entrepris un énorme travail de refonte du balisage.

Il est difficile, vu le nombre très faible de traceurs d’entretenir tous les circuits donc par pitié, si une balise s’efface et que vous prenez l’initiative de la repeindre, respectez au moins le travail des autres en vous assurant que ses dimensions soient raisonnables. Le Cosiroc est là pour vous y aider. Rendez-vous sur son site.

La balise moderne : un petit triangle de 2cmX 2.5 cm max.

Un peu d’histoire pour ceux qui veulent en savoir un peu plus…

On peut lire dans les topos de très nombreux historiques sur les voies de Bleau. Concernant les circuits, ils sont déjà moins nombreux ! Du coup, il est parfois difficile de savoir qui est à l’origine du tracé. C’est d’autant plus dur que les circuits ne sont pas des œuvres figées

Après les circuits de Fred Bernick au Rempart, c'est en 1948 que le circuit mauve de la DJ est tracé (la couleur originale a été conservée) par Maurice Martin. Ce circuit marque une avancée déterminante dans l'entraînement des alpinistes parisiens. Dans sa présentation, Son auteur écrivait : "C'est une succession de 200 montées, descentes et traversées, pour plus de 1 500 mètres d'escalade. Il s'agit d'un exercice de résistance mais aussi de tête, car les chutes sont mauvaises (...) A mes yeux, ce défaut sera une qualité. Il s'agit essentiellement d'un jeu, mais pour la plupart des grimpeurs, d'un jeu d'entraînement à la montagne, et à la montagne, il est rare que de petites plages de sable vous attendent à quelques mètres du départ. (...) Dans la difficulté dans laquelle le circuit évolue, un grimpeur moyen possédant déjà du métier devra être pratiquement toujours en sécurité. On ne doit pas avoir à sauter dans le III Bleau et, à de très rares exceptions près, les quelques pas de IV du circuit ne sont pas exposés. L'exposition générale du circuit sera, de plus, une justification à l'utilisation de la corde pour des cordées hétérogènes et, lorsque l'on voit certains grimpeurs de Bleau dans le II et même le III, avec leurs anneaux à la main dans une course de montagne, on peut à son droit, penser qu'il ne s'agirait pas là d'exercices inutiles..." Franchement, j'avoue mettre encordé pour découvrir de nombreux passages de ce circuit alors que j'évoluais déjà dans le rouge TD+ ! Mais je n'ai jamais prétendu vouloir devenir un bon alpiniste. Il est certain qu'à cette époque, je serai passé pour un trouillard... Et puis le rocher était probablement moins patiné !

Ce circuit existe toujours...

Idem avec la présentation du circuit orange d'Apremont dont, Pierre Mercier, principal auteur écrivait en 1952 : "Toutes les voies de ce circuit sont reliées entre elles par des rochers ou des blocs de jonction afin de permettre le parcours sans poser les pieds au sol. Le choix des voies a été déterminé par un souci d'enchaînement de l'escalade et de la visite des rochers les plus intéressants. Malgré le soin apporté à sa réalisation, de nombreux rochers dignes d'intérêt ont été volontairement omis pour ne pas embrouiller la piste. Ceux-ci, hors parcours, sont signalés par un rond rouge aux pieds des voies déjà parcourues. L'escalade des voies hors circuit est ordinairement réalisée sans l'aide de la corde. Cependant, quelques passages peuvent nécessiter son emploi. Comptant une centaine de voies du deuxième au quatrième degré supérieur, le tracé rouge (orange aujourd'hui,) d'Apremont constitue un entraînement alpin indéniable."

Aux débuts des années 1950 et fort d’un premier succès, Maurice Martin  va publier plusieurs topos dont le travail de relevé de blocs est extraordinaire. A ce jour, on n'a pas trouvé mieux et les blocs sont toujours représentés en vue aérienne. A leur lecture, on s'aperçoit que seules les lignes les plus évidentes ont été explorées. Maurice y fait figurer les classiques de l'époque dont un bon nombre est matérialisé par des carrés, des ronds, ou des triangles de couleurs, parfois peints à la base du bloc. Donc dès cette époque, deux approches de l’escalade en bloc coexistent : celle consistant à enchaîner un ensemble de passages balisés et plus ou moins homogènes en difficultés avec celle consistant à enchaîner au gré de son envie, les passages d’une zone géographique (tous les blocs autour de la Prestat par exemple).

Longtemps peu exploité, la création du premier circuit des Gorges d'Apremont amène tout suite plus de monde sur le site et Pierre Mercier en balise immédiatement deux autres ! Signalons ici, qu’un très grand nombre de circuits aujourd’hui classiques et un peu patinés date de ces années 50-60. En voici quelques exemples : 1957 création d'un bleu au Cul de Chien sur les bases d'un jaune tracé en 54. Au Rocher Fin, le bleu reprend une grande partie d'un tracé de 54 ainsi qu'un ancien mauve. Les bases du bleu du 95,2 datent de 1955, l'orange des Gros sablons date de 1958. En 55, nous avons donc une quinzaine de circuits dont les orange du Maunoury, de Buthiers, du Pendu d'Huisson dit "circuit fantôme", un bleu à la Cuisinière (qui deviendra orange), des rouges à Isatis, au Rocher Canon, au Puiselet, à la JA Martin et au Drei Zinnen ainsi que les trois premiers circuits d'Apremont (rouge, bleu et vert).  C'est aussi de cette époque que date le bleu clair de la J.A. Martin tracé par Deschaux. Enfin, en 1956, nait dans les Gorges d'Apremont un circuit de couleur "fraise écrasée" qualifié de très difficile et qui propose un ensemble de voies de cinquième degré !

Commence ici l'explosion du nombre de circuits et l'augmentation progressive mais considérable du nombre de grimpeurs fréquentant Bleau. Certains vont faire des circuits leur nouveau terrain de jeux : enchainement dans un temps record, enchainement d'un maximum de circuits... Ces jeux constituent parfois un challenge reconnu. C'est le cas du parcours montagne des Trois Pignons qui consiste à escalader l'ensemble des 4 circuits oranges du Potala, de la Grande Montagne, du Rocher du Général et de la JA Martin... soit plus de 160 voies dont l'aller retour en moins de 5 heures est considéré comme une très bonne performance pour un entraînement montagne ! Thierry Bienvenu au début des années 70 établira quelques records impressionnants dont certains tiennent encore. Dans ses jeux, on trouve  La défroquée d'une main ou pire l'enchaînement en 6 heures du circuit rouge du Cuvier treize fois de suite ! Il faut dire que son record personnel est de 18 minutes pour 42 numéros dans une course de folie ! Oleg Sokolsky établi le record de l'orange des Gros Sablons en 41 minutes... Imbattable. ... Il s'attaque ensuite à l'enchaînement de la totalité des circuits jaune des Trois Pignons mais, après 5h30 d'escalade continue, lâche avant d'attaquer le dernier Jaune à Cornebiche , épuisé par un petit détour dans des circuits plus difficiles (dont le virtuel Orange des Troubadours) et 4,5 kg en moins... Gourmand !

Avec les années 60, les grimpeurs prennent de la hauteur et ou poussent plus loin les limites de la difficulté. C’est à cette époque que nait le bleu D- du Maunoury (en orange à l'époque). La même année est ébauché le circuit blanc ED+ du Bas Cuvier, une référence du haut niveau qui se parcourt de bloc en bloc (on parle aussi de porte à porte) à la différence de la plupart des enchaînements de l'époque. En 1964, Jacques Reppelin et René Porta tracent le très long circuit saumon des Gorges d'Apremont. Coté TD- et ponctué de voies en 5, cet enchaînement constitue un must de l'entraînement aux courses très techniques en montagne. Une bonne performance se réalise en une heure environ et quelques grimpeurs le réalisent en 45 minutes ! La même année, dans le même niveau, le Groupe Alpin Populaire ouvre le bleu clair du Rocher Canon, moins long et tout de même moins difficile bien que coté lui aussi TD-. L'orange mais surtout le bleu de la Canche aux Merciers sont tracés en 1966 ainsi que le rouge du 91,1. A Franchard Isatis, après les premiers balisages des circuits rouge et bleu c’est en 1965 qu’est tracé le circuit blanc ED-, petit chef d'œuvre du genre ! Enfin, en 1968, Patrick Cordier nous offre le célèbre circuit blanc ED- du Pignon du 95,2. Ce circuit marque une étape supplémentaire dans l'exploration du potentiel des voies de haut niveau dans les Trois Pignons jusque là ignoré. Il poursuit son travail en balisant le blanc ED- de Franchard Cuisinière, moins homogène mais redoutable à enchaîner.

Collector...
Avec les années 70, le balisage de circuits, toujours plus durs, se poursuit. Ainsi, René Porta trace le circuit noir ED du Cuvier Rempart, un chef d'œuvre d'engagement dans le niveau 5 et 6.  Aujourd'hui il est en grande partie recouvert de lichens malgré l'apparition du crash pad et de la perche télescopique ! En 1972, Jacques Olivet balise le circuit ED- des Gros Sablons, un autre chef d'œuvre d'engagement.  Au sud de la forêt, Alain Michau trace le noir ED de Buthiers qui compte sans aucun doute possible parmi les plus beaux circuits de Bleau. Ces parcours sont un peu le symbole d'une époque où les forts grimpeurs n'hésitaient pas à engager la viande dans des passages difficiles. Signalons que le but était encore le parcours de l'intégralité du circuit parfois en un temps minimum. La même année, à l'Eléphant, Antoine Melchior peint le circuit noir et blanc ED- là encore sur des rochers parfois vertigineux.

Mais les années 70 ne se sont  pas résumées à ces circuits extrêmes en difficulté et engagement, aujourd'hui un peu délaissés. Citons par exemple  toujours dans les gorges d’Apremont,  le circuit rouge TD+ n°10 tracé en 1977, le rouge TD+ n°12 et le blanc ED, tracés en 1979. A Franchard Sablons, le très beau circuit rouge D+ (en partie bleu actuellement) en 1975. Le rouge TD+ de la J.A. Martin arrive en 1973. Au rocher Canon, le circuit mauve D+ tracé en 1973 est en partie intégré au circuit rouge TD+. En 1976, nait le rouge TD+ du Rocher Fin. Un circuit exigeant pour les doigts qui reprend quelques classiques du mauve. Le rouge TD+ du Rocher Guichot, site que l'on atteint en moins d'une minute depuis l'aire de stationnement, n’est balisé qu’en 1978. Enfin, le rouge TD+ qui parcoure les blocs de la Locomotive et de la Salle à manger du massif de la Padôle date tout de même de 1977. Ces hauts blocs de l'Essonne comptent parmi les plus beaux de Bleau.

Bonne grimpe,
sur des circuits propres et bien entretenus... surtout si vous nous y aidez.

1 commentaire:

  1. Chapeau pour l'historique. juste deux points importants qui me semblent à signaler :
    1°)- Comme les sentiers de balades ou de randonnées , les passages ont des problèmes avec la pousse des arbres, arbustes et autres plantes invasives. Elaguer à proxmité d'une voie n'a jamais fait de mal à personne sauf à l'arbuste qui avait décidé de pousser au pied de votre voie préférée. Un instant d'attention : ce bouleau vous gène pour grimper? compter le nombre de spécimens de cette espèce visibles du point où vous vous trouvez.10, 20, ... c'est peu être pas très écolo mais ...sans évoquer le taux de disparition naturel des repousse, une petite suppresion grâce à une bonne petite scie d'élagueur.....
    2°)- certain(s) place(nt) des petites dalles de grès au pied de certaines voies (mon cas aujourd'hui à Cornebiche); pourquoi? Juste pour pouvoir démarrer avec des pieds pas trop sableux et/ou mouillés ne serait-ce que pour éviter le polissage des prises. Soyez Sympa : respectez les (ils sont toujours placé de manière à éviter une entorse de cheville ou pire).

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